
Hier soir, je suis allée voir Paradis perdu avec des copines. Selon le site web de la production, "Paradis perdu c’est une odyssée onirique, un poème scénique spectaculaire, un voyage dans le jardin du monde, au carrefour du théâtre, du cinéma, de la musique et de la performance". C'est donc un peu ce à quoi je m'attendais, sans vraiment avoir plus d'attente. Mais après y avoir réfléchi, je suis plutôt déçue par ce "spectacle". Bon, je sais que pour vivre la déception il faut avoir des attentes, mais croyez-moi, si attentes il y avait, elles étaient plus de l'ordre de l'habituel, du genre vivre une expérience intéressante, agréable, intelligente ou divertissante. Voici donc quelques-unes de mes impressions face à cette "odyssée".

Tout d’abord, parlons du texte. Pierre Lebeau disait que d’apprendre ces 50 pages de textes avait été pour lui l’un des plus grands défis de sa carrière. Il faut comprendre que le spectacle est narré de façon continue du début à la fin. Un seul narrateur et quatre personnages muets. Je trouvais déjà dommage que Pierre Lebeau, un si grand comédien, en soit réduit à ne faire que la narration, il a en plus fallu qu’il apprenne un texte aussi profond qu’ingénieux… c’est à dire pas du tout ! Le peu de texte qu’on comprend, parce que notre attention se porte plus sur les décors et la musique, est d’une banalité assommante. Les lieux communs se suivent les uns après les autres tels une ribambelle de banalités à la sauce baby-boomer. C’est parfois assez cheezy pour avoir le goût de chanter, comme dans une annonce de Cheez Whiz « Jean Lemire donne, d’la personnalité, personnalité… ! ». En bref, le texte n’est qu’un accessoire qu’on oublie malheureusement bien vite et il n’en reste qu’un léger arrière-goût d’ersatz de plaisir à la fin du spectacle. Dommage!
Parlons un peu de la technique maintenant. Franchement, j’ai été impressionnée par l’aspect technique du spectacle. Même si on était au balcon et que les écrans n’étaient pas bien enlignés à cette hauteur, l’aspect visuel était presque parfait. L’utilisation des projecteurs, des écrans et surtout de cette scène en angle avec cette substance recyclée qui ressemble à de la poussière, c’était excellent ! Les seules petites choses qui m’ont dérangée sont la « pluie d’oiseaux » qui était, selon moi, franchement laide. Des oiseaux qui tombent du ciel à 5 images secondes et qui « ressemblent » à des gouttes, c’est PAS beau ! J’ai aussi remarqué quelques moments où la vidéo était saccadée. Et, le pire de tout, c’est le montage vidéo de la fin. Sans révéler de punch, c’est un des montages vidéo les plus mauvais (en terme autant de choix narratif que de qualité d’images) que j’ai vue dans un spectacle multimédia ! Digne d'une vidéo des années 60 du Ministère de l'Éducation. En fait, je dis que c’est le pire de tout, mais la pire scène de toutes, c’est celle des canards. Ceux qui auront vu Paradis perdu comprendront et, comme tout le monde (mis à part quelques enfants de moins de 10 ans) se sont certainement dit WHAT THE FUCK ????

La musique de Daniel Bélanger était plus qu’excellente tout au long du spectacle et ne prenait pas trop de place. Sans être trop tape-à-l’œil (ou tap-à-l’oreille), la musique servait souvent à ponctuer les transitions. Elle accompagnait bien le déroulement de l’action et collait très bien aux images, aux effets et au jeu des acteurs. Justement, parlons en des acteurs. Comme je le disais plus tôt, Pierre Lebeau a réalisé un travail exceptionnel en mémorisant un texte aussi long et ennuyeux. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est un narrateur et ne participe donc pas vraiment à l’action. Rodrigue Proteau, dans le rôle du Soldat, joue juste alors qu’il aurait été tellement facile de tomber dans la caricature. Justement, le rôle du fils, joué par le clown Goos Meeuwsen, est parfois un peu trop parodique. Comme dirait une amie, son jeu est un peu sketch. Selon moi, c’est l’actrice et danseuse Esther Gaudette qui offre la performance la plus articulée. En plus de camper Ève, la femme qui donne la vie (je sais… cheezy !) de façon très physique, elle a une prestance et une féminité fauve à rendre jalouse. J'voudrais être elle!
Bref, ce n’est pas un mauvais spectacle, mais c’est loin d’en être un bon. Je le conseil quand même, mais pas si, comme moi, vous vous privez de l'épicerie de la semaine pour payer le billet. Si la narration n’essayait pas de toujours prendre une place que l’aspect « technique » ne lui laisse pas et si on n’avait pas l’impression qu’elle a été écrite par Stéphane Laporte, ce spectacle aurait pu être tellement bon.

1 commentaire:
En fait, le Cheez Whiz est supposé donner de la personnalité. Dans ce cas-ci, Jean Lemire et cie ont oublié de s'en mettre !
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